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Newsletter Nº46 – Sur les chemins de Compostelle à cheval

Lundi 24 décembre 2012 vers minuit : Je suis assise sur un des bancs de la somptueuse cathédrale de Saint Jacques de Compostelle. A ma droite, Papito, qui pour l’occasion et par respect a ôté son indécrottable chapeau de cowboy (rires). A ma gauche, Maman, qui écoute attentivement la messe de minuit dans une langue qu’elle ne comprend pas ; tentant, j’imagine, de rattraper le retard de ses nombreuses années de prières oubliées J . En face de moi, l’autel et l’office qui si déroule. Et, surplombant les religieux, les anges taillés dans la pierre, le Christ en bois et tutti quanti… tout en haut… dominant les cieux : UN CHEVAL ! Il s’agit de la monture de l’apôtre Saint Jacques. Je n’ai d’yeux que pour lui, il m’intrigue.

Un cheval de guerre ! Un produit du croisement entre nos chevaux de travail de l’époque et les chevaux de Berbérie, venus conquérir le cœur de nos juments dès le VIIIème siècle après J.C.

L’histoire du chemin de Saint Jacques de Compostelle est assez intéressante et il semble que l’apparition de la tombe de l’apôtre ne soit pas que le fruit d’un hasard miraculeux… Avant de devenir  l’un des plus grands pèlerinages de l’Europe médiévale, le chemin de Compostelle était déjà un chemin initiatique païen qui prenait fin les pieds dans l’eau, au Finistère en Galice. Pourquoi les pèlerins portent-ils tous une coquille St Jacques en guise de symbole ???

Vers l’an 800, les guerriers maures certes partaient à la conquête de nouveaux territoires pour jouir de nouvelles richesses et pour étendre leur zone de commerce, mais assurément étaient-ils également propulsés par l’envie passionnée de faire rayonner leur nouvelle religion, l’Islam. Les paroles du prophète Mahomet et les récits du Coran servaient à motiver les troupes qui, à la nuit tombée, s’agenouillaient et priaient à l’unisson dans la même direction.  La défense catholique était alors désarmée, démotivée et vaincue sur toute la péninsule ibérique.

C’est alors… jejeje… qu’apparait la fameuse tombe de l’apôtre Jacques et que commence l’histoire du pèlerinage de Compostelle. Les catholiques venus des quatre coins de l’Europe se pressent sur le saint chemin. Au cours des Xe et XIe siècles, le culte de saint Jacques, étroitement lié en Espagne à la Reconquista, commence à se répandre grâce à la légende de Charlemagne qui mobilise la chevalerie européenne. Quelle coïncidence bien commode et tombée à pic !

Récemment, l’interprétation du sanctuaire a subi une évolution doctrinale : le mot « tombeau » a disparu des discours des deux derniers papes. Jean-Paul II parlant du « mémorial de saint Jacques », sans utiliser le mot « reliques » et Benoit XVI disant simplement que la cathédrale de Compostelle « est liée à la mémoire de saint Jacques » ». A creuser pour ceux que cela intéresse…

Pour mes trois fidèles coéquipières et moi-même, notre voyage au Nord de l’Espagne ne sera qu’initiatique.

Toumia et Qamare sont restées à Almeida, au Portugal, sous les bons soins des cavaliers du Picadeiro del Rey, littéralement les écuries du Roi… Rien de mieux pour ces deux demoiselles qui font du gras donc, pendant que je m’offre des vacances de Noel en famille. Fin décembre, je retrouve mes fidèles compagnes rayonnantes et prêtes à reprendre la route. Nous remontons jusqu’au Nord du pays par le parc naturel du Douro.

Le 8 Janvier, nous laissons derrière nous le Portugal, son charme pittoresque, son authenticité, ses bonnes gens et leur frilosité parfois, et entrons à nouveau en Espagne par les chemins forestiers à l’Est d’Alcañices. Nous arrivons ce soir-là dans le petit village de Fonfría et croisons  un des chemins de pèlerinage à Compostelle, le chemin portugais. Nous profitons de l’auberge mise à disposition par la mairie, les juments pâturent dans le jardin et je suis invitée par les gens du village à partager des entrecôtes cuitent au feu de bois. Je retrouve la spontanéité et la joie de vivre espagnole.

Le 10 janvier, à Tábara, nous croisons le chemin Mozárabe (qui part de Grenade), puis le chemin espagnol, partant de Madrid, à Santervás de Campos le 15 du même mois. Entre ces trois villages où les auberges de pèlerins peuvent m’accueillir avec mes 3 coéquipières, nous bivouaquons dans la nature et suis heureuse de me rendre compte que l’échange de ma tente 3 saisons pour une 4 saisons,  que l’achat de 2 couvertures polaires et d’une bouillotte rendent désormais mes nuits plus confortables.

Nous nous dirigeons les jours suivants vers le nord-est afin de rencontrer  le chemin français de Compostelle, le plus connu et le plus touristique. Le 18 janvier, après deux heures de fuite sous une pluie battante et un vent à vous faire mettre pied à terre,  je suis – comment dire – exaltée d’arriver à Calzadilla de la Cueza et d’y trouver en face de l’auberge 12 boxes, dont deux fraichement paillés.

Ce que j’aime sur le chemin de Saint Jacques, c’est les rencontres multi-ethniques que l’on y fait. Dans cette auberge, je passe la soirée avec trois coréens, deux brésiliens, un slovène et un colombien.

A ce moment, je bénis le chemin de Compostelle pour m’offrir la possibilité de voyager presque sans fouler l’asphalte, en ne sortant ma carte que très rarement, en suivant ses flèches et ses coquilles (à l’envers) pour trouver le bon chemin et en marchant confiante.  Dois-je préciser aussi que les menus de pèlerins, avec entrée, plat chaud, dessert, vin et café à moins de 10 euros, sont tout à fait à mon goût et m’évitent la corvée de faire du feu pour préparer quelque vieux bol de vermicelle et son bouillon de poule J .

Malheureusement, mon enthousiasme est de courte durée… Nous traversons las tierras de campos, une région de plaines largement cultivées et parsemées de pigeonniers. Autant dire un paysage de Beauce avec des vents corsés en prime. Plus nous avançons, moins les auberges sont accueillantes. Les chiens ne sont pas admis… Le jardin est trop beau pour que tes juments y crottent…  Dans les villes, rien n’est prévu pour les pèlerins qui voyagent avec des animaux et souvent les auberges des petits villages sont fermées en basse saison. Je retourne donc à mes nuits un peu seules et un peu froides sous la tente, en pensant aux autres pèlerins qui dorment au chaud et ont pu prendre une douche avant de se coucher.

Dois-je à présent vous avouer que même en faisant chauffer de l’eau, faire ma toilette planquée derrière un arbre en plein hiver, ne me plait pas du tout ! D’ailleurs, mes feux de camp sont compromis par la pluie qui imbibe toutes les branches mortes qui jonchent le sol. Vive les lingettes de bébé et le débarbouillage rapide sous la tente. Un coup sur le visage, un coup sous les bras et un coup sur les fesses !

A Cogollos, a environ 15 km Burgos, que nous avons contourné par le sud, je décide de prendre un peu de repos. Accompagnée en voiture par des amis, je me rends, le 23 janvier, dans la grande ville pour remplacer mon appareil photo perdu dans les champs, ainsi que la pile du collier de dressage de Maktoub. Ahhhh la ville… son bruit, son air, ses images, son agitation, ses gens ! Ses bonnes gens qui vivent dans des clapiers à lapins, qui triment tous les jours pour survivre et vivent pour travailler. Les gens de la ville et ses brigands aussi, ceux-là même qui se sont rapprochés des zones urbaines pour voir augmenter le nombre de leurs proies et dissimuler plus facilement leurs actes. Un de ses lâches devait bien se marrer en visionnant mes trois dernières semaines de film sur la caméra qu’il m’a volé. Il a du se bidonner en regardant les images et se demander sur quel drôle d’oiseau il était tombé. Ou peut-être n’a-t-il même pas pris la peine de les visionner, se contentant seulement de jouir de son butin : une caméra de 1000 €, un téléphone portable, une lampe frontale, une vieille boussole et quelques bricoles, qu’il jettera probablement en même temps que mon passeport, celui de Maktoub et les documents des juments. Je révise les poubelles du quartier en espérant au moins voir réapparaitre les papiers, certificats d’exportation de Qamare et Toumia, peut-être les passeports. En vain. Dans la même rue je trouve deux sacs à main et trois portefeuilles vides, mais qui ne m’appartiennent pas. Au poste de police local, situé à 50 mètres, je trouve, en revanche, 8 agents tranquillement assis au chaud en train de tailler la bavette. Les éboueurs passent à 7 heures et il est 13 heures quand je me rends au poste. Ce qui signifie que dans la même avenue, il y a eu plusieurs vols déjà ce matin-là !!!

Dépôt de plainte, remplacement du matériel volé, je reste plus que prévu à Burgos et ne reprends la route qu’à la sortie de Logroño où un ami accepte de me conduire avec mon équipe. Je tiens à remercier tous les amis qui ont participé à l’achat de la nouvelle caméra et me permettrons de continuer notre documentaire. Je ne remercie pas les autorités policières de Burgos qui feraient mieux de mettre le nez dehors et de faire leur boulot plutôt que de jacasser dans leur poulailler et quant à notre pickpocket, comme me l’a si bien dit un copain globe-trotter, j’espère que la loi universelle se chargera de toi. Si tu tombes sur cet article, je t’emmerde et tu pourrais me voler ma dernière ma dernière chemise que je demeurerais plus riche que toi !

Notre voyage touristique reprend donc à Logroño, le 30 janvier, et le paysage se diversifie. Les reliefs se dessinent et oscillent entre 300 et 800 mètres. Le chemin français de Saint Jacques se complique. Nous rencontrons certains obstacles qui en saison sèche ne présenteraient pas un risque majeur avec des chevaux bien entrainés ; mais qui, en hiver rendent nos étapes légèrement périlleuses.

Début février, après avoir traversé la ville d’Estella, nous nous retrouvons face à un pont en bois et en fer en forme d’arc en ciel. J’ai eu ouïe dire que plusieurs pèlerins se sont récemment retrouvés à l’hôpital pour avoir glissé sur le pont gelé et s’être cassé la margoulette. Ce jour-là, j’arrête notre marche à proximité du fleuve Ega en crue et passe l’après-midi à récupérer du sable afin de recouvrir le pont et faire passer les juments déchargées le lendemain et en priant tous les dieux de la terre que le soleil fasse enfin son apparition et m’aide dans mon entreprise. Vers 17h, un passant m’informe qu’à un km de là, il existe un autre pont plus adapté au passage des bêtes. Je respire, arrête de creuser la terre avec ma timbale et décide passer la nuit sur place : Le lendemain, je trouve effectivement un autre pont, mais avec des marches à descendre ! Plus loin sur le mythique chemin, soi-disant adapté aux équidés, je trouverai des tunnels et passages trop étroits pour les juments, des escaliers en tout genre, et entre autre des portions où je dus ouvrir le chemin à la machette et où les pèlerins à pied passent à quatre pattes.

J’en arrive à la conclusion que lorsque je voyage dans des régions isolées, je trouve toujours un passage mais que dès que l’homme veut transformer la nature, les choses se compliquent pour les chevaux. Pour compenser, le pieux chemin de Compostelle offre des merveilles d’architecture pour les yeux du pèlerin. Quand la main de l’homme se met en œuvre pour bâtir des églises, des châteaux et autres monuments historiques, alors je m’incline.

Le 6 février, c’est sous une pluie diluvienne que nous traversons Pamplune par son centre. Je m’y suis risquée avec deux juments et une chienne en liberté et je ne le regrette pas. En dehors de l’entrée de la ville où les véhicules roulent un peu vite, la traversée s’est bien passée, sous les yeux un chouilla étonnés des citadins et de la Guardia Civil. Un autre avantage du chemin de St Jacques, c’est les badauds sont bien moins surpris par le voyageur à cheval et le cavalier au long cours peut s’aventurer presque partout J .

 Aujourd’hui, la neige fait tempête et demain, nous grimperons vers Roncesvalles. A mon grand regret, les sentiers sont bloqués là-haut, recouverts par plus d’un mètre de neige et il nous faudra emprunter la route. Cependant, je suis ravie que la pluie est laissée place à la neige et plus encore de voir mes juments balayer la poudreuse pour brouter. Du Maroc aux Pyrénées, je reste impressionnée par les capacités d’adaptation de Toumia et Qamare.

4 thoughts on “Newsletter Nº46 – Sur les chemins de Compostelle à cheval Leave a comment

  1. Tous mes compliments à cette formidable équipe !
    Bonne route à Gwladys, Toumia, Qamare (merveilleuses juments) et à notre brave Maktoub.
    Rendez-vous à Poitiers.
    Nelly Davies

  2. Hi Gwladys,
    I enjoyed so much this letter. It transported me to Portugal and Spain, while I am still here in Cincinnati, Ohio, all warm and cozy and most of all dry. You are such a tough and adventurer person. I do not know how you do it! Certainly you are a person with many, many talents. One of them, you got from your mother! You can really express yourself very well in your writings which are very pleasant and colorful to read. I like your photos, Georges said you really have an eye to take pictures!
    Keep up to good work and take care of yourself.
    Love, Jeannette

  3. BONJOUR GWALDYS
    JE VOUS REMERCIE POUR CES LETTRES MERVEILLEUSES QUI M’ONT PERMIS DE VOUS ACCOMPAGNER ET DE VIVRE CETTE FORMIDABLE TRAVERSÉE DÉCOUVERTE ,RICHE D’EXPÉRIENCES .
    JE VOUS SOUHAITE ET A TOUTE L’ÉQUIPE TOUT LE SUCCÈS DU MONDE
    BONNE CONTINUATION DANS L’ESPOIR DE VOUS REVOIR

  4. Après de vacances en Tunisie et ma rencontre avec le cheval Barbe à 18 ans je rêvais de faire ce que vous êtes en train de réaliser. J’attend la suite de vos aventures avec attention d ‘autant plus que maintenant j’élève ce cheval fabuleux…
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