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Newsletter Nº45 – Cavalgada a la portuguesa

Aux dernières nouvelles, notre équipe se trouvait au magnifique haras d’Alter Do Chão, faisant connaissance avec les races locales et l’équitation de sport portugaise. Grâce à l’intervention et la générosité d’un bon ami et de son épouse, appartenant à l’association des cavaliers au long cours, nous repartîmes avec des cartes militaires sous le bras, afin d’éviter l’asphalte qui nous avait collés aux sabots jusque-là. C’est donc avec bonheur et légèreté que nous nous engagions sur les pistes de traverse – même si la boussole était HS, même par peur; et ce fut un grand moment de solitude que j’éprouvai quand j’égarai mon équipe entre Vila Velha de Rodão et Perais. Un trajet simple qui vous conduit d’un point à l’autre sur 12 km par la route; mais une galère d’une vingtaine de km quand on est une tête de mule et qu’on n’aime pas rebrousser chemin. Un ami me contait que les fameux gitans du coin ne portent jamais de lunette et possèdent une vue parfaite… Il faut croire que la gitane que je suis (oups) n’avait pas les yeux en face des trous ce jour-là.

En parlant de « gitane » et afin de faire disparaître toute confusion, je troquai, le 8 décembre, mon costume de baroudeuse pour revêtir le traditionnel vêtement des cavaliers portugais. Invitée par mes amis à participer à la Romaria de Vila Visoça, je me sentais honorée de les accompagner dans leur pèlerinage afin de mener Notre-Dame de la Conception, Patronne et Reine du Portugal à son église. À cette occasion, Paolo me prêta une de ses juments espagnoles, qui à peine avais-je mis pied à l’étrier, décida de tout faire pour virer cette étrangère venue grimper sur son dos sans plus de préliminaires. J’eus du mal à trouver les boutons, mais au bout de quelques longues minutes et après une bonne série de galipettes, nous accordâmes enfin nos violons. En chemin, je fus impressionnée par nombre de cavaliers et chevaux lusitaniens, légers, gracieux… Un subtil mélange de force et d’élégance, beaucoup moins révélateur de la finesse de l’équitation portugaise en fin d’après-midi, après le ginja, la bière et le vino tinto !

Cette journée fut pour moi exceptionnelle et pendant que Toumia, Qamare et Maktoub se reposaient, je me payais de bons galops, tels que je ne peux me le permettre en voyage. Je voudrais écrire un grand merci à mes amis d’Estremoz et de Sousel pour m’avoir permis de me joindre à eux et avoir tout mis en œuvre pour que je parte l’esprit tranquille.

De retour en famille, nous nous mîmes en marche vers le début de la serra Estrella. L’altitude grimpait gentiment, la température diminuait drastiquement… Je pense que les cavaliers au long cours et pèlerins connaissent le principe de la chaîne de l’amitié, comme j’aime à l’appeler. Pour les casaniers et rêveurs immobiles, je tiens à l’expliquer. Lorsqu’un voyageur est amené à demander l’hospitalité chez l’habitant et en sympathisant avec ce dernier, il arrive très souvent que votre hôte vous recommande à un de ses amis, susceptible de vous héberger ou de vous aider lors de votre prochaine étape. J’ai connu la chaîne de l’amitié dans systématiquement tous les pays que j’ai traversés à cheval. Cependant, la chaîne prend toujours fin à un moment ou à un autre, souvent lorsque le voyageur decide volontairement de retourner au bivouac sauvage. Ceci étant, la formidable chaîne de l’amitié depuis Estremoz jusqu’à Penamacor (notamment grâce aux nombreuses connaissances de Paolo que je tiens à remercier de tout cœur) pris fin lorsqu’en arrivant assez tard à Benquerença, le contact de Paolo vivait en fait à plus d’une heure de marche. Ce soir-là, nous bivouaquâmes alors près de la rivière de Vale de Loba. La nuit fut fraîche mais très supportable. Le lendemain 11 décembre, en montant vers Aguas Belas, le vent se fit plus vif et mes membres plus douloureux. Nous nous réfugiâmes à côté de l’église et des âmes bienveillantes vînrent nous apporter du foin et un ragout bien chaud pour Bibi. On me proposa de dormir dans l’école en face, mais souhaitant surveiller les juments de nuit, je préférai le porche de l’église pour abriter ma tente.

Je mis plus d’une heure à m’endormir, tremblant comme une feuille et dans l’incapacité de me réchauffer. Au petit matin, Toumia et Qamare avaient les crins et les oreilles blanchis par le gel et une plaque s’était formée dans les seaux remplis d’eau. Maktoub, quant à elle, avait passé la nuit sur un lit de paille et moi, dans mon duvet sous une tente, je semblai être la seule à me plaindre du froid. Je dois dire que je suis assez fière de voir comment mes trois marocaines s’adaptent à leur nouvel environnement et ne peux que faire le lamentable constat en revanche de ma faible résistance au froid.

Sortez couverts !

Une remise en question de mon matériel, prévu initialement pour arriver à Poitiers avant Noël, s’impose. La grande frileuse que je suis testera donc un nouvel équipement en cours d’acheminement et passera ses commentaires aux intéressés, si cela peut leur être utile dans le cadre d’un projet de voyage hivernal.

Enfin, je tiens à remercier Philippe Bailly (CALC), Vitor de Vale de Peso, Carlos Zacarias et ses parents de Nisa, Nuno Ferro de Vila Velha de Rodão, Vasco d’Alfrivida et sa famille, Lurdes et son mari du Santuario de N. Sra do Granja, María et Carlos d’Aguas Belas, Alacina de Panoias de Baixo, tous mes amis qui m’encouragent sur Facebook et à qui, par faute de moyens, je ne peux pas toujours répondre, mes parents Nelly Davies et René Lecarpentier pour qui ce n’est pas toujours facile de me suivre et sur qui je peux toujours compter, et mes partenaires marocains et français depuis le début de cette aventure.

 Toumia, Qamare et Maktoub se joignent à moi pour vous souhaiter à tous et à toutes de très bonnes fêtes de fin d’année.

One thought on “Newsletter Nº45 – Cavalgada a la portuguesa Leave a comment

  1. Toujours agréable de te lire je voudrais bien t’envoyer du soleil pour réchauffer ta route et tes os. Bonne continuation et ici la porte est ouverte, les écuries aussi et la cheminée est mortelle… Bisous