Skip to content

Newsletter N°44 – ¡ Saudade !

Le 19 novembre à la mi-journée, notre équipe quittait l’Andalousie et entrait au Portugal. Que dire de la frontière hispano-portugaise au niveau de Barrancos? Un vulgaire panneau à droite de la chaussée indiquant Bem vindo em Portugal ! Pas d’uniforme, pas de douane, aucun contrôle sanitaire, pas même une baraque à frites; c’est la frontière la plus facile que j’ai eu à franchir à cheval.

Assez vite, je me rendis compte que toutes les propriétés étaient clôturées sur des kilomètres. Pas de maison, ni de ferme en vue. Nous nous installions donc ce premier soir au Portugal en bord de route pour bivouaquer. Les juments passèrent la nuit à l’attache à moins d’une dizaine de mètres de la chaussée. Une route peu transitée mais où le peu de véhicules qui passent par là, foncent à toute allure. Une tendance qui se généralisa malheureusement les jours suivants. Beaucoup de portugais (les femmes aussi) aiment les voitures et pensent que la route leur appartient. Nous bivouaquâmes également la 2ème nuit sur un terrain vague, ou disons un peu moins bien clôturé que les autres.

Arrivées à la Granja, je me rapprochai des autorités locales pour passer la nuit. Nous fûmes hébergées dans les arènes de la Praça de Touros et les villageois vinrent nous offrir de la bonne paille et du bois pour que je puisse me chauffer et cuisiner. Sur place, nous en profitions pour ferrer Toumia et Qamare avec des pointes en tungstène. C’est avec un certain soulagement que je regardais le maréchal opérer avec tant de dextérité, jouissant de ne plus avoir à courber l’échine moi-même. Sebastião me factura 80 € pour les deux juments, un prix honnête, que je fus contente de lui régler. Il me paya avant notre départ un petit-déjeuner et me donna les coordonnées de Juão et Manuela qui nous offrirent l’hospitalité à Mourão la nuit suivante. Mon ventre y fut rempli, mon linge en reparti propre et parfumé et mes oreilles gardèrent en mémoire l’air du Fado que nous avions écouté ensemble. C’est le cœur gai que nous reprîmes la route.

Ce bonheur s’estompa assez rapidement à l’approche des villages suivants. Les regards devinrent fuyants, les passants changeaient de trottoir en nous voyant, plus personne ne répondait à mes Bom dìa. L’herbe dans le sud du Portugal en cette saison est savoureuse et ce fut là ma seule satisfaction de voyager dans cette région en ces jours un peu tristes. Après de nombreuses tentatives pour créer le contact, soldées par des échecs, voire des réprimandes, je compris la signification du mot Saudade. Ce sentiment mêlé de joie et de tristesse, le souvenir du bonheur, mais aussi la mélancolie du passé et d’un retour en arrière impossible. La saudade exprime un désir intense, pour quelque chose que l’on aime et que l’on a perdu, mais qui pourrait revenir dans un avenir incertain.

Le cavalier au long cours rencontre divers types d’obstacle sur son chemin. Parfois, la difficulté du voyage vient du climat, de la topographie, du manque d’eau ou de nourriture, des dangers de la nature, de la maladie; mais pour ma part, ce qui me fait vraiment craquer, ce qui parfois me tente à abandonner, c’est le manque d’amitié, l’incompréhension et la bêtise humaine. Que l’on se rassure, le plus souvent, le chemin est bordé de rencontres passionnantes et généreuses. Le cœur des hommes est fondamentalement bon mais des fois, un contexte social, politique ou encore environnemental durcit les cœurs. En ce qui concerne le Portugal, je sus ensuite que les villageois me prenaient en fait pour une gitane égarée. C’est la crainte et l’ignorance qui motivaient l’hostilité. Ce phénomène, dans une bien moindre mesure, me rappela mes aventures au sein des populations indigènes guatémaltèques. Là-bas, la PEUR est criminelle, elle va jusqu’à tuer!

Les gitans, au sud de la péninsule ibérique, se baladent à cheval et s’installent a priori souvent à la sauvageonne sur des propriétés privées (il faut tout de même avouer qu’en Europe occidentale, tout est privé et ce qui ne l’ait pas est interdit!). Je n’ai pas encore personnellement rencontré de gitanos, mais j’avoue que je suis assez curieuse, notamment de vérifier certaines choses que l’on m’a dites à leur sujet.

Le 26 novembre, après plusieurs jours de solitude et de bivouac frisquets sous la pluie, nous arrivions timidement à Estremoz. J’entrai dans le premier café ouvert afin de me faire connaître, de me réchauffer un peu et de prendre la température… J’y rencontrai alors des cavaliers qui très vite devinrent nos amis et mirent rapidement tout en œuvre pour que notre voyage au Portugal se fassent dans les meilleurs conditions.

Le lendemain matin, après une bonne nuit au coin du feu, Radio Despertar retransmettait sur les ondes l’histoire de notre équipe venue du Maroc, marchant sur les traces des chevaux berbères. Ainsi reconnue, les badauds ne me prendront plus pour une gitane mais bel et bien pour une petite brunette mal peignée, au teint basané, nomadisant et chevauchant de village en village, à la recherche d’un abri pour passer la nuit !?! Oups, pardon… Plus une gitane, mais bel et bien une cavalière au long cours, une voyageuse méritante, une aventurière courageuse :) Pouah !!! Finalement, il n’y a pas grande différence, seule l’interprétation change.

Notre voyage depuis lors fut bordé de bonnes attentions, d’échanges amicaux et de belles expériences. Seul le manque de chemins ruraux nous pèse aujourd’hui.

Le cœur des hommes est toujours bon, mais parfois à cause d’une conjoncture, d’une erreur d’interprétation, il faut gratter. Alors, grattez ! Grattez, vous aussi ce voisin avec lequel vous vous êtes engueulé, ce collègue qui vous énerve, ce passant qui vous a bousculé; et vous découvrirez la bonté, planquée sous la peur, l’ignorance et les idées à la con. Si celui ou celle que vous avez décidé de chatouiller ne desserre pas la mâchoire, alors passez votre chemin et oubliez. Un jour prochain, un autre chatouilleur viendra et libèrera l’humanité du con que vous aviez laissé.

Je tiens à remercier grandement les cœurs de mes amis au Portugal: Juão et Manuela de Mourão; Sebatião Lavado; Nelson de Aldeia da Pais; Pedro, Juão Pedro, Tiago et Paolo de Estremoz; Francisco y Leo de Sousel, Rafael de Alter do Chão et Philippe Bailly (Association des Cavaliers au Long Cours) et bien sur mes partenaires de toujours au Maroc et en France.

Grâce à nos amis, plusieurs articles ont été publiés, notamment dans le quotidien Brados de Alentejo et diffusés principalement sur Radio Despertar et Equisport.

De la région d’Alentejo, entre les vignes et les oliviers, nous continuerons vers le Nord et les montagnes où il neige déjà. J’ai depuis notre arrivée en Europe, quelque peu dérogé à une des règles que je me fixe généralement en voyage. Afin de garder les idées claires, je m’interdis les boissons alcoolisées. Je dois avouer qu’avec l’arrivée du froid et l’envie de goûter au patrimoine viticole local, je me suis permise quelques écarts raisonnables, que ma foi, je ne regrette pas. En revanche, Toumia et Qamare consomment l’herbe du pays sans modération et sont devenues complètement accrocs! Alors, si vous passez par Alentejo ou l’Andalousie, offrez-vous une copita de vin tinto, maduro o de Porto à notre santé!

5 thoughts on “Newsletter N°44 – ¡ Saudade ! Leave a comment

  1. Tu vois Gwladys, c’est une conversation que l’on a eu avec Orion quelques heures avant le départ avec Ossy. Sans forcément parler de sécurité, nôtre commentaires était, en résumé, que l’accueil ne serait pas forcément le même en Europe de l’Ouest que dans les autres contrées que vous aviez chacun traversées. Le soucis..par chez nous, c’est que les gens ont souvent peur de l’inconnu et barricadent leur vies comme ils le font avec leur propriétés, se protégeant de tout ce qu’ils ne maitrisent pas et surtout de tout ce qui les dérangent. Je voyez plus l’Espagne que le Portugal dans ce cas là d’ailleurs, et tes premières journées m’ont agréablement entonnées! J’espère que le Portugal ne restera pas un mauvais souvenir et que les nouvelles rencontres te feront oublier les mauvais débuts. Courage petit brin de jonc (lol, c’est à cela que tu ressemble pour moi: un air fragile mais qui ne casse pas et sait plier au gré du vent pour mieux se redresser!). On t’envoie plein de courage et de bisous d’ici. Papouilles et grattouilles aux 3 filles! Agnès et Lili.

  2. pfft…désolée pour les fautes de frappe qui se transforment en fautes d’orthographe à en faire mal aux yeux!

  3. Wow, tu avances bien et apparemment tu as fini par rencontrer des gens accueillants !! Et puis je crois savoir que maintenant tu as des cartes et des itinéraires pour remonter au nord du Portugal par des chemins ! Bonne route à toi ma petite gitane !!! :o)

  4. Bonjour, tu approches maintenant de l arrivee, derniere ligne droite!!!! Pas toujours la plus facile…
    Attendons de tes nouvelles et bon courage pour les dernieres etapes