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Newsletter N°40 – Ramdan nocturne

Amitié, solidarité et tolérance, c’est ce que nous a apporté notre bonne étoile marocaine ces dernières semaines, qui auraient pu être un vrai calvaire.

D’abord, il y eu l’isolement social. Un ami cher qui vient de terminer son voyage en France, en compagnie de sa gentille jument et de son superbe mulet, me confiait avoir souffert de la solitude, malgré les bons moments de son aventure. Et celui-ci était en visite dans son propre pays! Ô comme je te comprends, Gérald. Mon arabe s’améliore de jour en jour, mais il m’est toujours impossible de soutenir une conversation. Il n’y a personne autour de moi pour réellement partager les coups de cœur et les coups de gueule ou tout simplement me comprendre. Beaucoup tentent de communiquer. Ils se lancent dans de grandes tirades, dont je ne comprends que quelques mots. J’essaye de reformer le puzzle de leurs idées et finis par répondre à côté de la plaque. Alors, mes hôtes et les gens rencontrés en chemin répètent inlassablement et ne me laissent que devant ma frustration.

En pleine nature sauvage, je me sentais confinée socialement, comme un vieux cheval au box que l’on aurait oublié. Je commençais moi aussi à développer des stéréotypies, des comportements anormaux, évitant les contacts, puisqu’ils étaient voués à l’incompréhension, me recroquevillant sur moi-même. C’est alors qu’une de mes plus fidèle amie me téléphona: « Gwladys, tu es où. Ain Leuh. Bon, je suis à Casablanca et je viens te voir dans 2 jours. Tu as besoin de quelque chose?
– Oui, mais laisse tomber. Tu ne trouveras pas… J’ai besoin de 2 mousquetons à émerillons tournants. »

Deux jours plus tard, Sarah débarqua avec les 2 mousquetons; après avoir couru les quincaillers et divers magasins de sport de Casa. Dans son sac à dos, il y avait aussi mon biberon: Une bouteille de liquoreux. Elle sait que je raffole de cette friandise. Ce 16 Juillet, nous partîmes donc toutes à pied, d’Ain Leuh et attaquâmes directement par le flanc de la montagne. Arrivées au col, nous nous mettions en selle à tour de rôle pour terminer cette splendide journée au Lac Afennourir; où après s’être occupées des juments et avoir soigné les multiples ampoules de Sarah, nous dégustâmes notre apéritif. Mon comportement fit rire mon amie. Je lui disais merci dès qu’elle soulevait une sacoche ou remplissait un sceau. Elle me disait: « Mais arrête, c’est normal; qu’est-ce qu’il t’arrive? » Ce qu’elle ne savait pas, c’est qu’elle me sauva, me sauva de ma solitude. Elle m’embrassa, me prit dans ses bras et je voulus crier ma joie. Nous repartimes le lendemain hors piste, guidées uniquement par la boussole et passa^mes la nuit dans une petite auberge à l’orée de la forêt de cèdres. Ce soir là, nous nous offrîmes un tajine succulent. Grasse matinée le jour suivant et retour sur l’asphalte. Ce 18 juillet à Mischliffen, nous stoppions au pied du chalet royal; Sarah repartit et je terminai le fond de ma bouteille la larme à l’oeil, seule, triste mais requinquée.

Je repris ma route vers Sefrou, avec mes fidèles compagnes à grandes oreilles. Toumia était toujours bâtée, la petite de 4 ans connait désormais bien sont boulot. Elle est rodée, sait quand il faut se reposer, boire et manger et demeure très régulière au travail. Sa peau extrêmement fine était alors pelée au niveau des bandes d’arçon mais le dos n’a pas blessé. Elle a fait son dos comme un jeune paysan fait ses paumes. Qamare, quant à elle, apprenait son nouveau métier, elle avait de plus en plus confiance en elle. Elle ne cabrait plus, tentait encore moins les demi-tours et lorsque que quelque chose la dérange désormais, elle stoppe net et attend l’ordre de se remettre en marche pour hésiter et finalement passer. Avec son physique de championne, la belle aimerait bien trotter parfois, voire se piquer un petit galop. Malgré les séances de désensibilisation, Qamare n’a que deux  défauts (il faut reconnaître qu’elle n’a pas bénéficié des deux mois de préparation de Toumia); elle n’est immobile au montoir que l’après-midi et se fait souvent des prises de longe aux postérieurs durant la nuit. Si je suis à côté, elle ne réagit pas à la corde qui passe au niveau de ses paturons; mais seule, dès qu’elle sent le contact, elle panique et se brûle. De consistance un peu plus robuste que la jeune Toumia, je pense la bâter sous peu.

20 Juillet 2012 – Nous prenions garde de marcher bien à droite le long de la nationale 2, quand j’entendis en couinement. Deux petites étaient sur le bas côté de la route et l’une d’elle accourut entre les pattes de Qamare. Coincées entre le fossé et l’asphalte, elles ne pouvaient pas être arrivées là seules. J’aperçus un homme à une vingtaine de mètres et lui signalai la présence des bébés. Le bougre me répondit de laisser les deux créatures là, à leur pauvre sort. Et bien non, mon ami! Chez moi, on ne laisse pas deux chiots finir en viande hachée sous les roues d’une voiture. J’embarquai donc avec moi celle que je nommai Kefta et l’autre Maktoub. Yallah, au fond des sacoches et en voiture Mesdemoiselles. Les deux chiennes bercées par le pas des chevaux s’endormirent instantanément en boule.

Allahou akbar (Dieu est grand) et ici, cela se voir et s’entend. Le chant du muezzin résonnait partout, c’était le 1er jour du Ramadan. Hébergées à côté de la maison du Mokaddem d’Annoceur, où nous avions improvisé un gigantesque box dans son ancienne maison en ruines, je me réveillai avec comme la bouche sèche. Comment gérer mon voyage pendant le mois sacré? Dois-je me cacher pour boire et manger? Moi qui me couche à la nuit tombante, dois-je renoncer aux mets qui me sont souvent offerts le soir par mes hôtes? Je réfléchissais à ce problème, quand la femme du mokaddem arriva, portant un plateau contenant du thé, du pain, du beurre, de la confiture et une grosse part de tolérance. Cette esprit de tolérance, je le retrouvai tous les jours dans toutes les maisons pendant le Ramadan.

A Sefrou, nous primes deux semaines de repos durant lesquelles Toumia fut ferrée des postérieurs pour la première fois (600 km au parage naturel et corne impeccable), un prélèvement sanguin fut effectué sur les juments et Kefta fut finalement confiée au Haras National de Meknès dont elle deviendra la gardienne. Maktoub fut vaccinée et fait désormais partie de l’équipe.

Impossible de traverser Fès à cheval, nous contournâmes donc la ville les jours suivants; mais très vite, les températures grimpèrent, oscillant entre 40 et 50°C à l’ombre. Les animaux souffraient terriblement et nous ne pouvions plus avancer dans ces conditions. Même en partant à l’aube, nous n’avions qu’une heure ou deux avant que le chergui ne se lève et que les mouches ne se réveillent et attaquent les juments qui dansaient la Saint Guy sur le chemin. A partir de Moulay Yacoub, nous marchions donc de nuit, formidablement escortées par une voiture de la Gendarmerie Royale, qui éclairait notre route et allumait les gyrophares pour prévenir les autres automobilistes de notre présence. Sans le soutien des autorités locales, nous n’aurions pas pu continuer et tenons donc à remercier toutes les brigades qui ont participé à ce projet et se sont passées le relai de circonscription en circonscription. C’est ainsi que nous avons pu rallier Chefchaouen où nous attendons le dernier prélèvement sanguin et notre transfert vers Tanger, puis vers l’Europe (inch’Allah), prévu pour le 31 août.

Les premiers essais avec Qamare bâtée (depuis Sefrou) furent concluants. Après 900 kilomètres au Maroc, les rôles sont fixés et nous partons à la conquête de la péninsule ibérique. La chaleur étant toujours omniprésente, elle m’empêche pour le moment d’avoir les idées bien claires et de revenir sur ces 3 mois d’aventure dans ce merveilleux pays, mais je sens déjà une certaine nostalgie à l’idée de le quitter. Je ne l’ai pas toujours compris mais le Maroc me fascine et m’accueillit comme une de ses enfants. Je tiens une fois de plus à remercier mes amis et partenaires, la Société Royale d’Encouragement du Cheval, le Haras Al Boraq, au Maroc; et la société Lestra, la clinique vétérinaire du Chenet, ainsi que les bourses Labalette avec le concours de la Guilde du raid, pour leur soutien. L’aventure continue, the show must go on! Moi, je vais profiter de ces derniers jours ici pour m’imprégner des couleurs, des odeurs, et de la poésie berbère. A tout bientôt, si Dieu le veut.

8 thoughts on “Newsletter N°40 – Ramdan nocturne Leave a comment

  1. Chère Gwladys, impressionné et fier de ton courage et de ta détermination je te félicite et te souhaite bon courage dans la poursuite du voyage, j’aime beaucoup ta façon d’écrire et ta sensibilité, bisous, et avec Toi même et tes chevaux, en harmonie avec la nature, Tu n’es pas seule ! Merci pour cette leçon de courage et de tendresse.

  2. Dear and courageous Gwladys, I enjoyed your adventures, the way you express yourself and the pictures but I have to admit that my heart was in throat the whole time as I was reading this e-mail first thing in the morning, before my coffee. I can’t believe that I felt like I was there with you the whole time. Boy, was that hard on me!!! You could write a book after such a long and adventurous journey as this, and I hope you will do. Take care of yourself e buona fortuna! Love, Jeannette.

  3. Ton récit m’a beaucoup touchée, je retrouve mon Maroc dans ce qu’il a de beau et de cruel aussi … Je te souhaite beaucoup de bonheur sur ta route. Maktoub t’apportera beaucoup :) Les petits chiens de là bas sont à la fois très malins et très fidèles (Fais attention aux formalités d’entrée sur le territoire européen avec le petit chien ;) Si tu as besoin d’infos, contacte-moi …). Je te souhaite beaucoup de courage, ainsi qu’à tes deux juments. Amicalement, Karine

  4. Ouaw que de beaux récits et de belles images mentales m’a valu ton histoire, je t’ai suivie en pensée dans les montagnes arides , cette rencontre avec ces deux chiens ne tombe-t-elle pas à point nommé pour soigner (ou du moins adoucir) ta solitude.
    Haut les coeurs, vaillante chevalière, que l’énergie de ceux qui pensent à toi te soutiennent. Bises, S°

  5. Oui tu n’es pas seule, on pense si souvent à toi et à ton incroyable périple, profites et chemines vers nous paisiblement, au rythme de tes camarades de route, on t’attend !!!!

  6. Courage Gwladys ! La route est encore longue, mais nous sommes tous avec toi et te soutenons ardemment. Une caresse à tes 3 fidèles compagnes : Toumia, Qamare et la petite Maktoub.

  7. La larme à l’œil et le respect qui se doit, je te laisse ces quelques lignes pour que tu te sentes moins seule. Tu sais que tu ne l’es pas. On t’attend dans le sud, je suis sur ton passage. Bises et profites bien de ce que la vie te donne.