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Newsletter N°38 – « Nous sommes des soeurs jumelles… »

Lors de notre dernière Newsletter, je vous parlais de notre transfert vers Ben Slimane pour faire connaissance avec notre nouvelle recrue. Alors, Kamar s’orthographie en fait Qamare (à prononcer en raclant le fond de la gorge). Cette jeune jument barbe de 6 ans est tout simplement magnifique et s’entend ma foi à merveille avec notre cadette Toumia.

Nous avons profité de notre séjour au Haras Al Boraq pour préparer un chouilla notre nouvelle copine et se reposer (surtout moi jajaja)! Nous avons repris la route et rejoint le lac de Tislit le Mercredi 27 juin, à proximité d’Imilchil. D’après ce que j’ai compris, il y a fort longtemps, deux jeunes berbères de cette belle région du Haut Atlas se sont épris l’un de l’autre. Cependant, les relations entre les deux familles des amoureux étaient comparables à celles qu’entretenaient les Montaigu et les Capulet. Dans l’impossibilité donc de s’unir et  de vivre pleinement leur amour, nos deux jeunes gens ont préféré se donner la mort! Les lacs de Tislit et d’Isli situé sur le même plateau à quelques kilomètres de distance, représentent les berceaux de larme de nos deux romantiques. Chaque année depuis, a lieu un grand moussem (fête religieuse et commerciale typique du Maroc) où des mariages sont organisés en masse pour les cœurs à prendre de la région.

Nous sommes donc reparties le lendemain, en direction du Nord. Les trois premières étapes ont été assez farfelues. Qamare stoppait net en chemin, tentait un demi tour forcé ou bien reculait, se retrouvant parfois avec un postérieur dans le vide  en contrebas! Chez moi, les équipiers chevaux ont le droit de s’arrêter (je n’ai pas dit se camper comme un bourriquet) pour analyser l’objet de leur lubie mais tout mouvement contraire à mes ordres est interdit. Devant la sanction (un bon coup de talons) Qamare se cabre et devant la flexion d’encolure forcée, la belle tourne en rond. Cette folle mascarade commence à énerver sérieusement Toumia (passée jument de bât). Avec 300 km sous les sabots et maintenant bien rodée au rythme du voyage, notre bébé de 4 ans décide alors de prendre les choses en main et de m’aider à canaliser l’énergie de Qamare en la sanctionnant d’un coup de dent au niveau de l’encolure. « Et coquine, t’arrête tes conneries, j’en ai est marre de bouger dans tous les sens moi! Allez, en avant, fissa! ».

Les bivouacs sont tout aussi folkloriques. Toumia, la tête basse et les yeux mi-clos prend du repos (c’est bien ma fille) quand Qamare continue de tourner en rond autour de son piquet d’attache. J’ai ainsi perdu deux mousquetons à émerillons tournants (introuvables en zone rurale ici). Les deux piquets d’attache ont fini par plier (la force légendaire du cheval barbe hein!) et je me suis vu obligée de sectionner une corde qui s’était coincée entre le sabot et le fer de Qamare qui emberlificoté s’est retrouvé les 4 fers en l’air (plus de peur que de mal). Bref, je n’ai pas beaucoup dormi ces trois premières nuits… et Qamare non plus. Comment lui faire comprendre qu’il vaut mieux conserver sa formidable énergie pour les kilomètres plutôt que de la gaspiller en pendejadas (pardon, c’est le côté mexicain qui ressurgit) durant la nuit ? Je réfléchis (oui, ça m’arrive parfois)…

Le matin de notre dernière étape, je décide de mener mon équipe jusqu’au prochain village assez grand pour se ravitailler, remplacer ou substituer le matériel manquant ou cassé. Il nous faut parcourir 38 kilomètres jusqu’à Aghbala. Avec une pincée au cœur, je prends la décision de ne pas nourrir Qamare. Seule Toumia mâchouillera son kilo d’orge trempé en ce matin du 1 Juillet. Est-ce parce que l’énergie apportée par la ration du matin lui a manquée, ou bien avait-elle besoin de 3 premières étapes pour mieux comprendre ce qui l’attendait à l’avenir, ou encore a-t-elle senti que la route du jour serait longue ??? Toujours est-il que Qamare, de bon matin était calme, et parfaitement disposée à voyager avec une rectitude et une régularité parfaites. Amdoullah :)

Les jours précédents, on pouvait voir un crapaud gesticuler, grogner et se dépatouiller avec ses deux juments au bord de la route; aujourd’hui, je bombe la poitrine et relève la tête, fière de mon équipe.

Je vous propose un petit jeu entre amis. Si vous avez bien suivi nos aventures, vous devriez pouvoir reconnaître qui apparait sur les photos suivantes: Toumia ou Qamare ?

Arrivées à Aghbala, nous avons été accueillies par la gendarmerie royale et hébergées dans le jardin juxtaposé au Caidad (mairie). Le jour suivant est consacré au repos des juments; quand à moi, j’ai du boulot. Les 45 kilos au départ d’Imilchil et 35 kilos quatre jours plus tard (le grain consommé en moins) ont provoqué deux gonfles sur le dos de Toumia. Je consacre donc mon après-midi à de nouveaux essais, tests et réadaptations des tapis de selle et de l’arçon du bât. Je fais également quelques courses, une lessive rapide (bah oui, je n’ai pas grand chose à laver) et la soirée vient vite me rappeler que demain, nous reprenons la route. Je file donc au ciber, histoire de checker rapidement mes derniers mails. La connexion est pourrie, je passe deux heures derrière le PC sans même pouvoir donner de mes nouvelles à mes proches. En rentrant au bivouac, Qamare s’est entaillée ou bien s’est faite morde (par un rat) ou encore piquée (scorpion, serpent) au niveau du pli du paturon au postérieur droit. Le pied est légèrement engorgé et à la lampe frontale (il fait déjà nuit), je note une légère plaie qui ne saigne plus. Après avoir désinfecté localement, j’injecte 10 cc de Dexamethasone. J’apprends qu’il y a un vétérinaire à Aghbala, il se nomme Dc Chakib. Il arrive vers 21h30 et conseille 20 cc de Phénylarthrite en complément. Le lendemain, le pied est sec et la plaie finalement peu profonde. Le Dc Chakib, que je remercie vivement, m’offre de quoi nettoyer, désinfecter et bander correctement le pied de ma jument. Nous prolongeons donc notre repos d’une journée supplémentaire, sous la bonne garde des autorités d’Aghbala que nous tenons également à remercier. Finalement, « no hay mal que por bien venga« , je suis un peu fatiguée et après avoir rédigé cette présente Newsletter (z’avez vu que ze vous aime et pense à vous), je vais me taper une sieste digne d’un bacha.

Je prendrais peut-être quelques minutes juste avant pour me replonger dans le bouquin, que dis-je le « pavé », qui me passionne en ce moment et qui me fais voyager au cœur même de mon propre voyage. Le Pérégrin émerveillé de J.L. Gouraud est tellement bien qu’il a trouvé sa place dans mes fontes alors que je ne voyageais qu’avec Toumia et que mes effets personnels étaient quasiment nuls. C’est vous dire! Moi ça me donne envie d’aller me balader à l’est la prochaine fois…

Oye, oye, je tiens enfin à remercier (oui encore, mais ils le méritent) mes partenaires marocains: La Société Royale d’Encouragement du Cheval et le Haras Al Boraq. Pourquoi, parce qu’ils sont présents, réactifs et comprennent parfaitement les enjeux, les galères et les composantes du voyage au long cours.Choukran pour votre disponibilité les amis, même quand je vous envoie des messages au milieu de la nuit pour partager (en famille) nos péripéties. Eux aussi vivent cette aventure, presque à chaque seconde!

Projet lauréat des bourses Labalette avec le concours de la Guilde du Raid